Rendez-vous sur Arrakis

C'est lorsque nous croyons savoir quelque chose qu'il faut justement réfléchir un peu plus profondément. F. Herbert

Les sciences, ça coûte cher et ça ne sert à rien

Franchement, on n'a pas d'argent à mettre ailleurs que pour envoyer des sondes dans l'espace? Quand on voit le prix que ça coûte alors qu'à côté certains peinent à joindre les deux bouts!



Petit extrait d'une conversation en famille.
Ben oui, c'est vrai ça, 1,4 milliards d'euros pour envoyer la sonde Rosetta. C'est juste honteux. Et en plus, ça ne sert à rien!

Alors déjà, à propos du “ça ne sert à rien” : quand Röntgen a découvert les rayons X, c'était juste marrant. Il n'imaginait pas que ça serait utilisé en médecine comme aujourd'hui. Et c'est ce qui se passe pour tellement de découvertes qui semblent insignifiantes au début.



Revenons-en au budget de cette mission spatiale. Vous avez deviné que lors du repas en famille, je n'avais pas les chiffres en tête, ce qui m'a laissé avec une légère frustration pour défendre ces belles intentions que la science crée.
On a donc dit : 1,4 milliards d'euros pour envoyer une sonde. Ça a prit 10 ans, ce qui donne donc 140 millions d'euros /an.
Juste pour comparer, regardons le chiffre d'affaire de Yves Rocher (notez là que je n'ai rien contre cette marque. C'est juste un exemple d'entreprise pas forcément nécessaire aux plus démunis d'entre nous). Le chiffre d'affaire de Yves Rocher s'élève à 435 millions d'euros /an. De quoi envoyer un peu plus de 3 sondes Rosetta au même rythme que l'a fait l'agence européenne.
Allez, juste pour le fun, si on regardait le chiffre d'affaire des magasins U : plus de 2 milliars d'euros /an. PAR AN!
Avec ça, les magasins U peuvent envoyer une sonde non pas tous les 10 ans, mais tous les ans.

Alors oui, je sais bien que le chiffre d'affaire ne correspond pas exactement au profit de la firme, mais ça montre quand même très bien que l'argent dépensé pour nous faire découvrir l'univers, élargir nos horizons et nous faire rêver, c'est finalement pas grand chose.

À titre de comparaison, un rafale (avion de chasse) couteraît (après une recherche rapide) 94 millions d'euros. Il faut environ un avion et demi pour envoyer une sonde comme Rosetta.

En ce qui concerne l'argument “les sciences ça ne sert à rien”, que dire? Sérieux, vous y croyez encore à ça? Sans parler l'amélioration globale du confort dans la vie quotidienne, ni même du bienfait sur l'imagination des hommes (hein Jules Verne?), on peut juste regarder l'évolution de l'espérance de vie au fil du temps :



Ou encore en partant de plus loin



Ben y a pas photo, on vit tellement plus longtemps depuis qu'on a su faire des microscopes permettant de voir les batéries dans les aliments, depuis qu'on a mieux compris la chimie après électrolyse (Merci M. Volta et sa pile ~1800) et su synthétisé des médicaments…

C'est pourquoi, pour terminer, je souhaiterais citer l'éminent Jesse Bruce Pinkman :

"Science b*****!"
Sources :

le 25/09/2015 à 14:22:59, Moi@moi a dit :

Bon (il faut toujours se méfier de l'insee), pour l'espérence de vie, c'est raté: elle stagne voire diminue dans certains pays plutôt “WASP” (dont les US) et n'a jamais été un indicateur de bien-être ou de bonne santé (voir ce qu'est l'EVSI) - on s'acharnerai presque sur les vieux pour les maintenir en vie plus longtemps pour fausser les stats; et encore moins de loin une justification à une redistribution équitable des fruits du progrès. La faute à pas mal de saloperies que notre chère science couplée à l'industrie débridée nous donne à foison depuis pas mal de lustres (résultat aussi: du stress, de l'obésité, etc.). Bref, y a une limite aussi à ça pour justifier tout et n'importe quoi, aucune raison de croire à une croissance infini de cette espérance à moins de croire à la sainte parole des transhumanistes. :-)

Bref, la science avance et n'en n'a rien à carrer si tu restes sur le carreau (et là, oui, Rosetta, tu t'en cares complètement, tu crèveras avant d'en voir les retombées alors que tu as peut-être des besoins plus impérieux pour ton “espérance de vie”), elle fera en sorte de t'aider si ses mécènes ou ses gardiens et ses praticiens ont décidé de le faire. N'attends absolument rien d'elle.

Il faut être un peu plus indulgent et éviter de tomber dans l'excès inverse où il consisterai à être aveugle à tout problème que la recherche et les découvertes posent sans forcément s'en soucier.

le 25/09/2015 à 16:47:12, Thuban a dit :

@Moi@moi : Je m'attendais à ce type d'arguments concernant l'espérance de vie. Reste qu'aujourd'hui, on n'est plus un vieil homme lorsqu'on a 35 ans. Ça n'a pas de sens de faire de comparaison entre 1990 et aujourd'hui. Entre 1800 et 2000 par contre.

La faute à pas mal de saloperies que notre chère science couplée à l'industrie débridée nous donne à foison

Pas d'accord. Ce n'est pas la science ça. La science n'a rien à voir avec l'usage que l'on fait de ces connaissances : c'est un problème éthique ensuite, que trop de personnes ont tendance à confondre.

la science avance et n'en n'a rien à carrer si tu restes sur le carreau

Je n'ai jamais avancé que c'était le but de la science. J'indique juste que l'argent investi pour la science n'est pas celui qui creuse les inégalités.

que la recherche et les découvertes posent sans forcément s'en soucier.

Il faut arrêter de croire que les chercheurs ne sont pas humains. C'est sûr que les scientifiques sont de mauvais communiquants (en tout cas en France), et ce sont les journalistes qui se chargent de faire passer le message. Pas besoin d'en dire beaucoup plus, ces dernier déforment tellement le message initial que ça en devient ridicule et ça a malheureusement tendance à faire passer les scientifiques pour ridicule (cf : “la découverte du boson de Higgs” par exemple).

le 26/09/2015 à 08:48:54, Starsheep a dit :

TL;DR: La recherche n'est pas chère en soit, et le problème de la communication scientifique ne vient pas des chercheurs.

Merci Thuban pour cet article. C'est rare que le budget de la recherche soit comparé à d'autres chiffres pour remettre les choses à leur place. Dans l'esprit collectif, la science coûte cher. Mais si l'on établit le ratio bénefices/coûts alors franchement l'argent dépensé est dérisoire.
Pour information, l'université dans laquelle je travaille a un budget total annuel égal à 2 fois les indemnités de départ du patron de Volkswagen. À noter que le budget comprend aussi le budget des instituts de formation. Sachant que l'université possède en son sein 8 laboratoires, je vous laisse imaginer les budgets dédiés à la recherche. Les missions spatiales ou les recherches sur la physique fondamentale (accélérateur de particules, etc.) sont les domaines les plus onéreux. Pourtant ce sont toujours ces domaines qui servent de référence…
Pour finir avec la communication scientifique, je rejette la faute sur le journalisme. La communication scientifique est un exercice périlleux dans le sens où tout ce qui est publié est sujet à discussion. Cela ne doit EN AUCUN CAS être pris comme quelque chose de définitive. Et c'est bien là le problème, quand une étude arrive jusque les oreilles du grand public elle est bien souvent “sensationelle” et est prise comme une réalité absolue. Bien sûr les résultats seront bien souvent pondérés par la suite ce qui va mener à discréditer les chercheurs… Cette démarche d'avancement à tâton est mal comprise et les journalistes ne cherchent pas à informer de cette méthode de fonctionnement. C'est moins vendeur. J'avais vu une fois une métaphore entre un chercheur et un aventurier très pertinente. Un chercheur doit être vu comme un aventurier lancé au milieu de la jungle. Pour s'en sortir il va avancer à tâton avec sa machette. Si jamais il n'aboutit à rien (ce qui est très probable) il va informer que cette voie n'est pas à prendre, évitant aux autres de se perdre. À force d'essais et en multipliant les aventuriers utilisant cette démarche il se peut qu'une voie de communication ressorte de cette exploration permettant ensuite à chaque Homme de l'utiliser.
Enfin pour ce qui est de la mauvaise communication des scientifiques auprès du grand public, je pense aussi que c'est une charge injustifiée. Au cours de l'année des tas et des tas de manifestations de vulgarisation scientifique dédiées au grand public sont organisées partout en France. Les gens qui viennent en ressortent souvent émervéillés. Mais pour cela il faut venir… Or finalement peut de personnes trouvent la motivation car finalement la science ne les intéressent pas. Je ne pense pas que le problème viennent totalement des chercheurs. Ce sont pour la plus grande majorité des personnes passionnées, ayant une grande éthique, désintéressées de l'argent. C'est l'utilisation qui est faite de la recherche le “vrai problème”. Entre guillemets car ce n'est finalement qu'une goutte d'eau dans l'océan de ce qu'elle apporte dans la vie de tous les jours.

le 28/09/2015 à 08:20:33, Starsheep a dit :

Ah et désolé pour les fautes d'orthographe, j'ai écrit le commentaire précédent sur tablette… :/

le 28/09/2015 à 09:21:29, Thuban a dit :

Salut Starsheep :)
Merci pour ton commentaire éclairé. Et ne t'en fais pas pour les fofotes :)

le 29/09/2015 à 19:46:16, Moi@Moi a dit :

“Je m'attendais à ce type d'arguments concernant l'espérance de vie.”
Et donc ? Rien de plus - comparaison n'est pas raison - qu'il faut augmenter la période à comparer pour démontrer que l'argument de départ serait encore plus pertinent ? On a surréagit (et si ce n'est pas un sophisme, ça y ressemblerait presque) limite à chaud au discours d'un gars-qui-n'y-connaît-que-dalle parce qu'il n'a pas les mêmes priorités et après on s'économise ?

“Ce n'est pas la science ça. La science n'a rien à voir avec l'usage que l'on fait de ces connaissances : c'est un problème éthique ensuite, que trop de personnes ont tendance à confondre.”
Je ne connais qu'une science - et que serait-elle sans usage, même pour la ramener ? - comme je ne connais qu'un libéralisme économique, comme un seul communisme, malgré ce qu'en disent les autres. Je n'idéalise pas, je “n'utopise” pas, je juge sur pièce, et cette pièce comporte malheureusement 2 faces indisociables. Le problème, c'est qu'il est toujours question de se parer d'éthique, car il est question d'éthique aussi quand il s'agit de recherche dans l'armement qui retourne dans le civil, quand ça chatouille, et quand ça entrave ça se met à crier à l'obscurantisme très rapidement (ou ça déménage en offshore). Comportement on ne peut plus rationnel.

“Il faut arrêter de croire que les chercheurs ne sont pas humains.”
Et ce ne sont donc absolument pas des anges ou des modèles d'intégrité non plus, les fraudes constatées et médiatisées comme il se doit assez récemment en atteste. Ils ont la presse qu'ils méritent. On ne peut pas reprocher la malhonnêteté de tous tout le temps, en effet. ;-)

le 29/09/2015 à 21:16:50, Thuban a dit :

@Moi@Moi : Ce n'est pas l'augmentation de la période à comparer qui a du sens. C'est de mettre cela à côté des découvertes scientifiques réalisées pendant ce laps de temps qui a du sens. (1800 pile de Volta, ~1900 la radioactivité puis la relativité…).

On a surréagit (et si ce n'est pas un sophisme, ça y ressemblerait presque) limite à chaud au discours d'un gars-qui-n'y-connaît-que-dalle parce qu'il n'a pas les mêmes priorités et après on s'économise ?

Hein? Tu peux éviter les paraphrases pour être explicite et éviter les malentendus stp?

Je ne connais qu'une science […] comme je ne connais qu'un libéralisme économique, comme un seul communisme

Alors justement faisons attention à ce qu'est la science et ne pas tout mélanger.
La chimie nous apprend que certaines substances sont dangereuses, mais moins chères que d'autres plus saines. Ce n'est pas la chimie qui fait le choix de rejeter ces substances nocives dans la nature, c'est l'industriel. Entre savoir et l'utilisation de ce savoir, il y a tout un monde.

le 30/09/2015 à 15:37:36, Moi@Moi a dit :

“Ce n'est pas l'augmentation de la période à comparer qui a du sens.”
En effet, ici l'argument veut donner sens en disant que depuis les Lumières, on attribue une espérance de vie croissante uniquement, sinon largement sous-entendu, à la “science”, sans nuance. C'est un biais de raisonnement, puisque la valeur de départ (passé) est bien sûr “si basse” sur cette période que celle d'arrivée (présent) à très peu de chance de se retrouver inférieure.
Alors que depuis néandertal à sapiens puis jusqu'au XIXe, ce serait dû à quoi ? Il est question de Jules Vernes et de ses fictions dont son époque a influencé l'imagination, bien, mais que dirait-on de Shakespeare, Pétrarque, de Da Vinci ou encore de Leucippe, Hippocrate ?
Sauf que sur de plus courtes périodes, il s'avère qu'il y a des variations/tendances qui ne vont pas dans le même sens, ce qui peut parfaitement invalider cet exemple. Ce qui serait bien peut-être ballot de prétendre que la science, tel qu'institutionalisée voire peut-être fantasmée dans l'esprit du lecteur ici, ne serait pas capable d'entretenir une croissance infinie. Ou bien de dire qu'elle n'est pas responsable de tout, qu'elle est pure et étrangère au monde mais manipulée, muselée, bref victime de la folie des hommes formés par les outils et les savoirs qu'elle conceptualise ou produit; au bord du mythe prométhéen.
Tout s'accélère, certes. Les causalités sont bien plus grandes que cela, et la réalité bien plus complexe et sombre, malgré la relative simplicité statistique.

C'est pour ça, il serait bien plus judicieux de dire à votre interlocuteur de départ, puis l'auditoire, qu'en effet, il y a des priorités propre à chacun, que personne ne peut prétendre que ça ne sert à rien tant que personne n'a pas trouvé à quoi ça peut servir - ce que disent les bons jardiniers à propos des herbes considérées comme mauvaises -, mais de dire qu'il a tort en sortant un argument dit massue de cette façon, ce n'est ni de la pédagogie ni de la rigueur.

Bref, il est des substances qu'il faut manier effectivement avec prudence afin de ne pas en épandre; il ne faudra guère s'étonner d'un relatif désenchantement du public pour la ‘planète science’ après ce genre d'escarmouche très circonscrit et d'allure anodine.

“Entre savoir et l'utilisation de ce savoir, il y a tout un monde”
Non, juste un banc d'école.
Eventuellement quelques scrupules avec le temps… ou pas. :-)


Bonne continuation.

le 30/09/2015 à 22:27:20, Thuban a dit :

@Moi@Moi : Merci de ne pas tronquer mes phrases pour en donner un autre sens.
Avec quelques notions d'histoire des sciences il est flagrant que certaines périodes de “révolutions scientifiques” correspondent à une amélioration du mode de vie. Ce n'était juste pas le propos principal de l'article.

Les auteurs que tu cites ne sont pas mis de côté. N'oublions pas que la physique s'appellait à juste titre “philosophie naturelle”. Je ne connais pas de scientifique qui rejette philosophie ou littérature.

Sauf que sur de plus courtes périodes, il s'avère qu'il y a des variations/tendances qui ne vont pas dans le même sens, ce qui peut parfaitement invalider cet exemple.

Absolument pas. Les statistiques n'ont de sens que sur des échantillons suffisamment vastes. Sinon on fait dire n'importe quoi à n'importe quels chiffres, comme adorent le faire certains journalistes

dire qu'il a tort en sortant un argument dit massue de cette façon, ce n'est ni de la pédagogie ni de la rigueur.

Je ne vois aucune massue, puisque c'est facile à vérifier après un minimum de documentation. Nuancer un propos pour soigner l'auditoire, l'enrober d'un vocabulaire inutilement savant pour lui donner figure d'autorité ou décorer un fait pour éviter de heurter les convictions, ce n'est en effet pas de la pédagogie mais de la démagogie.

le 01/10/2015 à 07:23:35, Starsheep a dit :

@Moi@Moi : Ce discours est quand même rempli de mauvaise foi. Personne n'a jamais dit que l'utilisation qui est faite de la science est forcément bénéfique à l'être humain. Personne n'a dit que parmi les scientifiques et/ou les chercheurs (je tiens à distinguer les deux) il n'y avait pas quelques personnes ayant perdu leur éthique (c'est applicable à tout groupement de personnes de façon générale). Mais de là à dire que la science n'améliore pas les conditions de vie ou même qu'elle est sans cesse déviée de son application première pour servir de vils instincts, franchement c'est du grand n'importe quoi.

Le problème est que pour quelques cas isolés de déviance, il y a une généralisation à tout un secteur. C'est très réducteur et démontre une capacité d'analyse restreinte (toujours avoir un esprit critique, peser le pour et le contre, etc.).

Pour l'exemple de la recherche sur l'armement et de la conclusion qui va avec : “Ah vous voyez que la science n'est pas éthique”, franchement c'est ridicule. J'ai moi même par exemple refuser une thèse là-dessus par éthique. Eh oui, ça existe c'est fou… Donc bref, tout ça pour dire que rien n'est tout blanc ou tout noir, mais je le répète et j'insiste, l'éthique, la “belle” science, la passion au service de ce qui semble être bon pour l'être humain, etc. eh bien si, ça existe et sur le long terme ça profite à tous.

le 02/12/2016 à 18:36:08, Magneto a dit :

En effet, je pense que l'hygiène y est pour beaucoup.